Les belles personnes
Je venais à peine d’arracher les vieilles vignes. Le cœur plein d’élan, un brin d’innocence en poche, je m’étais rendue aux douanes pour me renseigner sur les papiers à remplir avant de replanter. J’ignorais alors tout d’une règle essentielle : on ne touche pas à une vigne sans l’avoir d’abord déclarée.
C’est là que j’ai rencontré Pierre.
Il m’a regardée, l’air malicieux, un sourire en coin. Et puis, d’un ton calme, presque bienveillant, il m’a dit que j’aurais dû écoper d’une amende. Mais au lieu de me laisser me débrouiller seule, il m’a tendu une main inattendue : « Reviens me voir tous les jeudis après-midi, avec un simple cahier de brouillon. »
Alors j’ai pris ce cahier. Et je suis revenue. Semaine après semaine.
Pierre m’a appris. Il m’a guidée, montré comment remplir chaque formulaire, chaque ligne. Il m’a même préparé un dossier pour l’export, bien que cela ne me serve que des années plus tard. Il était déjà à la retraite, à ce moment-là.
Et puis un jour, sur une petite route, je l’ai croisé à vélo. Par hasard. Depuis, il revient chaque hiver, pour m’aider à tailler. Comme ça, simplement. Parce que c’est Pierre.


Flo est de ceux dont la présence s’impose sans bruit. Dès son premier jour de vendanges, il s’est illustré par sa droiture et son efficacité. Ce jour-là, d’un ton posé, il m’a glissé :
« Mieux vaut cueillir que parler. »
Une phrase simple, presque anodine, mais qui résume tout son esprit : aller droit au but, sans détour, avec sérieux et constance.
Depuis plus de neuf ans, Flo revient, saison après saison, prêter main-forte au Domaine, chaque fois que le temps le lui permet.
Silencieux, discret, mais toujours là.
Sa fidélité est devenue un repère. Et derrière sa réserve se cache une force tranquille, solide et précieuse — de celles sur lesquelles on sait pouvoir s’appuyer, les yeux fermés.
