Les belles personnes

Sur le sentier de chaque aventure, il est des âmes qui éclairent la route, des présences discrètes mais puissantes, des mains tendues comme des phares dans la brume.

À vous, belles âmes, qui avez cru en moi alors que tout restait à bâtir, qui avez offert votre temps, semé vos idées, partagé votre énergie ou simplement votre bienveillance — merci.

Votre soutien a été une source vive, un souffle qui a nourri chaque étape de cette création. Ce projet est un peu de vous, un écho de votre générosité, un reflet de nos liens

PIERRE

Je venais à peine d’arracher les vieilles vignes. Le cœur plein d’élan, un brin d’innocence en poche, je m’étais rendue aux douanes pour me renseigner sur les papiers à remplir avant de replanter. J’ignorais alors tout d’une règle essentielle : on ne touche pas à une vigne sans l’avoir d’abord déclarée.

C’est là que j’ai rencontré Pierre.

Il m’a regardée, l’air malicieux, un sourire en coin. Et puis, d’un ton calme, presque bienveillant, il m’a dit que j’aurais dû écoper d’une amende. Mais au lieu de me laisser me débrouiller seule, il m’a tendu une main inattendue : « Reviens me voir tous les jeudis après-midi, avec un simple cahier de brouillon. »

Alors j’ai pris ce cahier. Et je suis revenue. Semaine après semaine.

Pierre m’a appris. Il m’a guidée, montré comment remplir chaque formulaire, chaque ligne. Il m’a même préparé un dossier pour l’export, bien que cela ne me serve que des années plus tard. Il était déjà à la retraite, à ce moment-là.

Et puis un jour, sur une petite route, je l’ai croisé à vélo. Par hasard. Depuis, il revient chaque hiver, pour m’aider à tailler. Comme ça, simplement. Parce que c’est Pierre.

JOSEPH

Il serait impensable de raconter l’histoire de nos vignes sans évoquer Joseph — ce monsieur à la sagesse tranquille, dont la générosité a laissé une empreinte profonde sur le domaine.

Un matin, alors que je m’acharnais à reboucher les trous creusés par les sangliers, la pelle à la main et la fatigue dans les bras, Joseph s’est approché. Il a observé la scène d’un œil attentif, puis, d’une voix posée, m’a glissé un conseil énigmatique : « Apporte une lanière de cuir, trois mètres de long, trois centimètres de large. »

Intrigué, j’ai suivi ses indications.

Avec la dextérité née d’années de pratique, Joseph a fabriqué des colliers hérissés de clous, simples et ingénieux. Il m’a appris à les attacher çà et là, au hasard des rangs. Depuis ce jour, les sangliers n’ont plus osé troubler la paix des lieux — comme s’ils avaient compris que la vigne était désormais sous protection.

Par ce geste humble et plein de savoir, Joseph m’a transmis bien plus qu’un remède contre les nuisibles : il m’a transmis une part précieuse de la mémoire rurale, cette intelligence des anciens qui veille sur la terre sans bruit.

Joseph fait partie de ces « belles personnes » qui tissent l’âme du Domaine RousdeLlaro. Grâce à lui, nos vignes ont retrouvé leur sérénité — et moi, une leçon de transmission et de gratitude.

FLO

Flo est de ceux dont la présence s’impose sans bruit. Dès son premier jour de vendanges, il s’est illustré par sa droiture et son efficacité. Ce jour-là, d’un ton posé, il m’a glissé :
« Mieux vaut cueillir que parler. »
Une phrase simple, presque anodine, mais qui résume tout son esprit : aller droit au but, sans détour, avec sérieux et constance.

Depuis plus de neuf ans, Flo revient, saison après saison, prêter main-forte au Domaine, chaque fois que le temps le lui permet.
Silencieux, discret, mais toujours là.

Sa fidélité est devenue un repère. Et derrière sa réserve se cache une force tranquille, solide et précieuse — de celles sur lesquelles on sait pouvoir s’appuyer, les yeux fermés.